L’achat du désespéré, l’arbre qui cache la forêt du washing culturel massif Qatari?

Le 13 octobre 2025, un miracle se produit au musée d’Orsay : le Désespéré, pièce magistrale dans la vie de Gustave Courbet réapparaît au musée parisien. Miracle ? Pas sûr. En effet, dans le même temps nous apprenons que ce dernier fut racheté par le Qatar dans son ambition washing culturel annonçant son exposition au musée de Doha pour 2030.

L’histoire du Désespéré commence en 1844 lors de l’élaboration de ce dernier par le peintre réaliste Gustave Courbet. Cet autoportrait, probablement réalisé lorsque l’artiste logeait encore 89 rue de la Harpe à Paris, a accompagné l’artiste tout au long de sa vie à travers les différents pays où l’artiste a voyagé.

Un tableau avec une curieuse histoire

Le tableau trouve sa première exposition à l’exposition universelle de Vienne, en 1873. Pourquoi Vienne ? Car l’artiste venait de s’exiler en Suisse à cause de possibles représailles pour son implication dans les événements de la commune de Paris. 

4 ans après la mort de l’artiste, c’est sa sœur, Juliette Courbet qui se voit obligée de vendre l’atelier Courbet composé de ses 33 œuvres dont fait partie le Désespéré. Le chef d’œuvre de Courbet atterrit donc dans la famille Cusenier et reste dans la famille pendant plus d’un siècle. 

C’est en 2007 que l’on retrouve le tableau exposé au musée d’Orsay, à Paris, dans une exposition dédiée à l’artiste. Cependant, le passage du tableau fut bref et il repartira du musée au bout de seulement un an. Après de nombreux mystères sur sa localisation, parfois un retour dans la famille Cusenier, parfois siégeant dans le fonds d’investissement de la BNP Paribas, le tableau réapparaît à Orsay le 13 octobre 2025. 

Néanmoins, cette apparition ne fut qu’un bref instant de joie pour les fans de l’œuvre. En outre, le dernier descendant de la famille Cusenier mourra en mars 2025, permettant au Qatar de se jeter sur le tableau bien que la famille se soit toujours battue contre. Bien qu’il soit toujours exposé à Orsay pour le moment, Le Désespéré sera soumis à une alternance entre Paris et Doha en 2030. 

Pourquoi le Qatar investit massivement dans le 3e art ? 

Le Désespéré n’est que l’arbre qui cache la forêt. Depuis plusieurs années, le Moyen-Orient cherche à se développer en matière de tourisme. Certains misent sur la démesure et l’exonération fiscale à l’instar des Emirats arabes unis. Pour autant, ce n’est pas la stratégie du Qatar qui s’efforce de pratiquer une approche plus subtile pour draguer l’occident. 

Deux principaux canaux sont utilisés afin d’augmenter le tourisme : l’art et l’éducation. Possédant des moyens tout autant dérisoires que ses voisins, le Qatar multiplie ses investissements afin d’implanter des écoles occidentales sur son territoire comme HEC, la Sorbonne ou encore la New York University. 

Le second vecteur est l’investissement massif sur l’art moderne, notamment sur le troisième art. L’influence de Cheika Al-Mayassa, soeur de l’émir, à la tête de Qatar Museums Authority, le Qatar ne cesse de battre les records de vente pour certains tableaux, à l’image du quatrième tableau des Joueurs de Cartes de Paul Gauguin avec une vente estimée à 250 millions d’euros.

“Le Qatar ne prend pas de risque, sélectionne le meilleur et met le prix pour avoir le top. Il entend faire de Doha une capitale mondiale de l’art”. Avec plus d’un milliard d’euros de budget, c’est ainsi que le Qatar s’offre Le Désespéré en 2025.

Thierry Ehrmann, président fondateur d’Artprice déclare en 2016 à l’AFP

Cette stratégie de rachat massif, plus connue sous le nom “d’opération sympathie” pose plusieurs questions sur la stratégie du soft power pratiqué par le pays. Ce gain d’attractivité serait-il produit pour couvrir les nombreux scandales humains de la même manière que la Coupe du monde de Football de 2022 ? C’est probable, malgré cela peu de réponses ont été obtenues autour de cette question.  

Que fait la France ? 

Une question se pose désormais : la France aurait-elle pu avoir son mot à dire dans les négociations ? Oui, sur le papier, le gouvernement aurait dû pouvoir intervenir. La loi autorise en effet l’État à classer une œuvre en « Trésor national », ce qui en interdit temporairement la sortie du territoire et suspend toute vente à l’étranger. Ce classement ouvre alors un délai durant lequel les pouvoirs publics peuvent réunir les fonds nécessaires afin de racheter l’œuvre au prix du marché. Néanmoins, quand nous pouvons observer une baisse générale dans les dépenses des régions pour la culture, nous doutons que la France puisse rivaliser face au Qatar.

Sans surprise, ce n’est pas la position que la France a adoptée. En effet, la manœuvre ressemble fortement à une manœuvre diplomatique de par son manque de transparence auprès du peuple. La nécessité de garder de bonnes relations avec un pays émergent très puissant couplée à des procédures complexes et chronophages pour le pouvoir public a dû décourager le gouvernement.

BURBAN Lomig, 31/03/2026

Sources :

Musée d’orsay
Pourquoi « Le Désespéré », de Gustave Courbet, ne sera visible au musée d’Orsay que pendant cinq ans ?

« Le Désespéré », autoportrait hallucinant et halluciné de Gustave Courbet
Le Qatar s’offre un Cézanne pour une somme record

Une toile de Paul Gauguin vendue pour la somme record de 300 millions de dollars

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